Le Monde



Une exposition sur Sarajevo au Centre Pompidou

Les Ruines d'une ville assiégée

Le MondeSi l'assassinat d'un peuple s'appelle un genocide, ce qui s'est produit a Sarajevo depuis plus de deux ans peut bien se dire un «urbicide». C'est ainsi que cinq architectes qui ont rdussi au mois de mars a quitter la viile, assie'ge'e depuis deux ans avec ses trois cent cinquante miile habitants, ont baptist I'exposition itine'rante qui a commence* a Bordeaux et se tient au Centre Georges-Pompidou. Une exposition modeste, des photos, des dia-positives, des images de ruines re'centes, ruines de guerre.

On trouve, bien sOr, a «Urbi-cide Sarajevo », la carcasse majestueuse et hautement symbolique de la Bibliotheque nationale et universitaire, ancien hdtel de ville, construit en 1896, avec sa verriere d'opeVa dominant des mon-ceaux de gravats jadis pom-peux. On voit "aussi des batiments anciens, le marche* couvert qui date de 1561, ou la Mosque*e blanche b3tie en 1536, frapp^s, de*glingue*s, le minaret en e*quilibre instable. Us paraissent, pour certains, mieux tenir le coup que les constructions re'centes. L'im-meuble du Parlement et du gouvernement de la Rdpublique de Bosnie-Herze'govine, e'difie' par Juraj Neidhardt entre 1974 et 1978, est perfor^ par les obus de facon mortelle, comme le siege du journal Oslobodjenje, comme l'h3pital fransais, comme le Palais des sports, comme la nouvelle gare de chemin de fer, comme tant d'immeubles d'habitation...

Malgre* ses dimensions rdduites, cette exposition est importante parce qu'elle a e*td rdalisde par des architectes qui ont pris eux-me'mes les photos dans les b^timents touches, souvent sous les balles des tireurs isol^s; que la revue et le catalogue qui I'accompa-gnent ont e'te' faits be'ne'vole-ment, a la main, & la maison, sans moyens, sans chauffage, entre deux coupures d'e'lectri-cite\ «Nous n'avons pas pu sauver I'lnstitut oriental, dit Borislav Curie, I'un des cinq architectes, // comenah deux cem mille manuscrits uniques au monde. Eire un archhecte dans une ville bombardtie, c'est plus dur que d'dtre un homme ordinaire, parce que vous en savez plus sur I'his-toire des pierres qui tom-bem...» Lui et ses compa-gnons vont faire voyager « Urbicide Sarajevo » dans le monde entier, pour faire connattre le de'sastre, et trou-ver si possible les moyens de reconstruire.

MICHEL BRAUDEAU

• «Urbicide Sarajevo», au Centre Pompidou, jusqu'au 15 mai, puis le 26 mai el Munich, le 1. juin à Berlin, et h Avignon £ partir du 10 juillet.